À propos de l'artiste

Je suis une artiste franco-philippine originaire de Batanes, et je réside aujourd’hui à Divonne-les-Bains. Formée comme biologiste en médecine tropicale, j’ai commencé à dessiner en 1979 lors de missions dans des camps de réfugiés en Asie du Sud-Est, animée par l’envie de transmettre les histoires des réfugiés au-delà des frontières. Mon parcours m’a menée à vivre et travailler en Asie, en Afrique et en Europe, et chaque lieu a inspiré mon art. J’ai approfondi ma pratique en dessin, peinture et collage avec des cours en Thaïlande, en France et en Suisse.
Mes peintures sont des fenêtres sur des voyages réels et imaginaires. Je travaille surtout à l’huile et aux pigments naturels que je prépare moi-même. Je joue beaucoup avec les couleurs vives et les compositions expressives, superposant papiers (papier de riz, fibres de bananier, feuille d’or) avec des textiles et matériaux recyclés. Mon travail s’inscrit dans un style naïf et folklorique, inspiré par mon attachement à mes racines philippines. J’ai exposé en solo et en collectif en France, en Suisse, et aux Philippines, et je suis active localement à Divonne-les-Bains, notamment à la Biennale d’art d’ARPADI. Parmi mes projets publics figure un hommage à ma soeur, la regrettée Pacita Abad, une artiste de renom international. Ce projet, réalisé aux Philippines avec l’association Yaru Nu Artes Ivatan vise à garder vivante la mémoire de ma soeur et promouvoir la culture Ivatan de ma province d'origine. Je contribue régulièrement aux projets de la Fundacion Pacita à Batanes. Mes séries récentes intègrent des tissus et motifs venus d’Asie – j’espère à la fois inviter au voyage, rappeler que l’art peut préserver la diversité culturelle, et éveiller les consciences environnementales. Chacune de mes toiles explore les liens entre voyage extérieur et voyage intérieur, traçant les contours d’émotions et de souvenirs. Pour moi « cartographies intimes » correspond naturellement à mon travail, où identité culturelle, mémoire et environnement s’entrelacent.
2025 Fondation Génolier, Suisse
2018 Château Desaignes, France & Galerie du Tulaan, Philippines
2016 Total Gallery, Philippines
2013 Art Post Asia, New York, USA
2012 Alliance Française, Philippines & Comptoir du Chocolat, France
2010 Swisshotel Gallery, Philippines
2009 Maison Fusier, France
2007 Centre Culturel de Jean Monet, France
2004 Restaurant Bahay Kubo, Suisse
2003 Bibliothèque de Carquerainne, France
1999 Ayala Museum, Philippines
1996 Centre Culturel Français, Mozambique
1995 Artistas de Maputo, Mozambique 1995 Centre des Artes de Maputo, Mozambique
1993 Ruper Gallery, Suisse 1990 The Gourmet Gallery, Thaïlande
EXPOSITIONS GROUPE
2024 ARPADI, France & Gallerie Clin d’Oeil, Suisse
2022 Espace Candide, France
2021 Mairie de Versonnex, France & Art Gland, Suisse & Espace Candide, France
2022 Salon de La Saint Martin, France
2020 Chez Viviera Café, Suisse
2019 Salon de la Saint Martin, France
2017 ARPADI, France
2015 AyaLa Museum, Philippines
2014 Metropolitan Museum, Philippines
2013 Yaru nu Artes Ivatan, Philippines
2007 ARPADI, France
2006 Mouvement Artistique du Pays de Gex, France
2000 ARPADI, France
1998 Palais des Nations, Suisse
1996 Human Rights Day, Mozambique
1996 The World Bank, Mozambique
1990 Anaconda Gallery, Thaïlande

Ses peintures se caractérisent par une évolution constante des styles et des motifs utilisés. Cela a commencé avec des portraits de réfugiés des tribus montagnardes du Laos et a ensuite été fortement influencé par les couleurs chaudes de l'Afrique du Sud, sa richesse culturelle et ses paysages exotiques.
Après avoir exposé dans de nombreux pays, elle a exploré et expérimenté différents types d’art et de technique. C'est ainsi qu'elle a intégré divers matériaux asiatiques tels que les textiles asiatiques, les fibres de banane, la feuille d'or intégrée à la peinture avec des pigments naturels.
Victoria utilise maintenant des matériaux recyclés dans sa peinture dans l'espoir de sensibiliser les générations futures au développement durable.
Interview avec ELLE Suisse

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Victoria Abad Kerblat: Des tableaux comme des fenêtres ouvertes sur un voyage personnel
Comment avez-vous commencé à peindre ?
J’ai toujours été attirée par les arts, mais, quand j’étais jeune, être artiste n’était pas considéré comme un métier aux Philippines. Je suis devenue biologiste ! J’avais obtenu une bourse à l’Université de Boston pour faire mon master en biologie, mais, en m’y rendant, je me suis arrêtée à Bangkok pour voir l’exposition de ma sœur Pacita et je ne suis jamais partie aux États-Unis. C’était en 1979, il y avait la guerre au Vietnam, et finalement, je suis allée travaille dans les camps de refugiés. On avait besoin de biologistes spécialisés dans les maladies tropicales. Mon mari travaillant aussi dans l’humanitaire, nous avons habité successivement en Afghanistan, au Cambodge, au Laos, en Indonésie, en Malaisie, au Mozambique, au Pakistan, au Vietnam. J’ai commencé a peindre en complète autodidacte. C’était ma manière de capturer, sur la toile, les souffrances des refugiés.
Vous concevez votre peinture comme un témoignage…
Oui, en partie. Les refugies m’ont beaucoup influencés à mes débuts – je trouvais leur courage extraordinaire dans cet environnement de violence – mais j’ai aussi peint des aquarelles dans anciennes maisons coloniales lorsque j’étais au Mozambique. J’avais fait campagne pour qu’on ne les détruise pas. Cela dit, il est vrai que certaines de mes toiles sont porteuses d’une message ou d’une interrogation. Je pense, par exemple, à ma toile ‘Where do I belong ?’ Quand j’étais au Mozambique, je me suis retrouvée dans un univers où la couleur de la peau définit l’appartenance à une classe. J’ai voulu transmettre le stress, la peur et l’incompréhension que l’on ressent dans une telle situation.
Y a-t-il des sujets que vous n’aimez pas peindre ?
Les fleurs, les chats… Ce genre de peinture m’ennuie ! En fait, je m’inspire de tout ce que m’entoure, des gens, de mes voyages, des expositions que je visite… Quand je fais un portrait, j’aime bien connaître le personne. Au cours des dernières années, les Philippines sont devenues une de mes principales sources d’inspiration. Dans mon tableau, Ivatan, le sujet est une femme de Batanes, la région la plus au nord du pays. Dans ses cheveux, j’ai peint les vers d’un poème philippin et. Sur son corps, les tracés des autoroutes.
Dans vos dernières œuvres, vous semblez travailler davantage sur les textures…
Je suis restée a la peinture à l’huile, mais j’intègre dans mes tableaux des matériaux qui sont aujourd’hui en train de disparaître. J’utilise surtout des matériaux des Philippines et d’Asie, comme le papier de riz, les fibres de bananier, les tissus, les pigments naturels… J’essaie aussi d’attirer l’attention des jeunes sur la beauté que l’on peut obtenir à partir de matériaux recyclées, car cette notion n’est pas encore très répandue aux Philippines.
Propos recueillis par Odile Habel